La complicité entre deux êtres naît souvent sous les auspices d'un scénario fantasmatique remontant à l'enfance; elle s'appuie sur des assises ½dipiennes: les filles comme les garçons font, plus ou moins consciemment, à un moment ou à un autre, un parent idéal de leur meilleur copain. On peut penser que c'est la mère, le bienfait de ses premiers soins corporels qui, en définitive, sont recherchés par le biais de l'amitié, mais cela serait sous-estimer la nostalgie d'un père idéal. Comparer l'autre à soi-même, le découvrir en possession de ce que l'on a perdu et que l'on regrette de ne plus avoir, tels sont les motifs du choix d'un allié. C'est un lien essentiel qui permet de se rassurer sur son identité, un rempart contre les dangers de la séduction aussi longtemps que l'on a peur de se laisser absorber, vampiriser.
Chaque relation correspond à une période de la vie, avec ses débuts, son apogée, sa fin, et aucune n'est éternelle même si elle dure longtemps: Colette et Marguerite Moreno, par exemple, sont restées complices toute leur vie. Tout le monde a connu des chagrins d'amitié, liés à un changement de vie ou à une déception profonde. On attend d'un ami qu'il nous sauve la vie. Parfois, il n'y a pas de motif tangible de rupture. Dans l'une des pièces de Nathalie Sarraute, intitulée Pour un oui ou pour un non, un homme s'éloigne d'un autre, son alter ego, parce qu'il n'a pas supporté l'image du couple heureux que ce dernier lui renvoyait avec sa femme. Se sentant exclu, il a décidé d'exclure. En amour, on peut toujours se rabibocher. En amitié, la rupture est souvent irrattrapable, on n'y revient pas.»
Danièle Brun
Spéciale dédicace à Smail *, à Sofia * et à Kati .. Avec tout mon Amour.
RESPECTER N'EST PAS SE RABAISSER. MERCI
